Le combat d’une vie

Le combat d’une vie

26 janvier 2020 0 Par Lilinaru

Devenir parents c’est un choix. Certains veulent à tout prix des enfants et certains n’en veulent pas du tout.

Nous, on fait partis de la première catégorie. On n’imaginait pas notre vie sans avoir des enfants.

Faire face à la réalité

Au début de l’année 2012, quelques mois avant notre mariage, j’ai arrêté de prendre la pilule. On se doutait bien que ça n’allait pas marcher dès les premiers cycles, il y avait peu de risque pour ma robe.

Ce que l’on ne savait pas, c’est que ça allait mettre autant de temps… Une année passe… on ne se pose pas trop de questions. Mais fin 2013, on commence à s’en poser. Et on a décidé de prendre rendez vous avec une gynécologue spécialisée au CHU de Rouen.

Commence alors une batterie de tests pour nous 2, et le résultat tombe. J’ai une trompe atrophiée empêchant le passage de l’ovule (d’où mes cycles très irréguliers) et j’ai aussi peu de follicules. Du côté de mon mari le bilan n’est pas mieux avec peu de spermatozoïdes, et ceux qui restent sont légèrement fainéants dirons-nous.

Bref, c’est une douche froide, voire gelée, car clairement la gynécologue n’envisage pas de solution naturelle mais directement une FIV. Et pareil, pas n’importe quelle FIV car il s’agit de l’ICSI. En gros dans une FIV « simple » on laisse le spermatozoïde féconder l’ovule tout seul. Dans une FIV ICSI, non seulement on choisit le spermatozoïde mais en plus on l’implante directement dans l’ovule.

On pourrait croire que ça nous donne plus de chance, oui et non. Car le taux de survie des ovules fécondés n’est pas le même, et le résultat à la fin non plus, la sélection est beaucoup plus drastique.

Le protocole

Pas de répit, je commence le traitement qui consiste dans un premier temps à simuler une ménopause pour mettre au repos les ovaires. Puis dans un second temps à stimuler la production d’ovules à vitesse grand V a coup de piqures tous les jours…

Mais ce n’est pas tout, car à un jour bien précis du cycle il faut se rendre dans le service PMA pour faire un contrôle sanguin et une échographie. Répéter l’opération toutes les 48h, jusqu’à ce que les ovules aient atteints une bonne taille.

Si tout va bien, on vous programme une ponction des ovules sous anesthésie générale dans les jours qui suivent. Si ça n’a pas marché, vous avez plus qu’à recommencer… en sachant que c’est la sage femme qui vous dit tous les jours le taux à injecter via les piqûres.

Prenons le cas où tout va bien, la ponction est programmée. Direction le bloc opératoire. Ça ne dure vraiment pas longtemps. Mais le réveil peut être difficile voire douloureux. Pour ma part, lors de notre première FIV j’étais pliée en 2 en sortant. Mais on devait faire un détour via le centre de PMA pour savoir ce que ça a donné. Et là on est très contents puisqu’on nous annonce qu’ils ont pu récupéré 20 ovules d’une taille et forme correctes.

S’en suit une attente longue, très longue de 48h où on attend l’appel. Cet appel qui nous dira combien il y a eu de fécondation. Finalement c’est une bonne nouvelle car ça a marché et nous avons donc 3 embryons. On programme alors le transfert, qui se fera entre 24 et 48h après.

Arrivés au centre PMA, il ne nous reste plus que 2 embryons, les autres n’ayant pas continué leur division. On décide d’implanter les 2. La gynécologue veut être sure de notre choix et nous laisse donc poireauter encore un quart d’heure. Alors que clairement le choix est déjà fait depuis longtemps… Bref, on m’implante les 2 embryons, ce n’est pas du tout douloureux. On repart pour continuer notre vie comme si de rien n’était…

Une attente très longue de 12 jours commence. 12 jours où on ne peut rien faire (hormis éviter le saut à l’élastique peut être 😉 ) On passe par tous les stades, optimiste, pessimiste, joyeux, triste, enfin tout…

Le basculement …

Au onzième jour, je décide de faire un test de grossesse, qui se révélera positif mais très clair. Et le jour-même, une catastrophe arrive: je perds du sang… Vite direction les urgences gynécologiques du CHU, l’accueil est froid. On me fait une prise de sang qui confirmera bien que je suis enceinte mais impossible de dire si les embryons se sont bien accrochés, si c’est extra-utérins.

Enfin bref on n’est pas plus avancé, si ce n’est que les saignements se sont arrêtés très vite. On repart avec obligation de repointer dans 48h pour une nouvelle prise de sang, et cela pendant 10 jours… 10 jours interminables encore une fois où les taux ne varient pas comme les médecins aimeraient. En gros, le taux de beta-HCG doit doubler toutes les 48h pour une grossesse dite normal, quadruplé si c’est une grossesse gémellaire. A un moment, le taux n’a clairement pas doublé et là on nous annonce que c’est certainement extra-utérin mais on nous reconvoque encore 48h plus tard.

On est le 1er janvier 2015, on retourne aux urgences gynécologiques pour faire une énième prise de sang et là la gynécologue de garde est beaucoup plus rassurante. Alors oui, ce n’est certainement pas une grossesse gémellaire mais la science n’est pas exacte et le taux n’est pas obligé de doubler précisément. Elle nous renvoie chez nous en attendant les résultats de la prise de sang et me rappelle 2h après pour me dire que le taux a bien doublé et qu’elle souhaite me faire une échographie car à ce stade on doit voir où est implanté l’embryon (ce qu’on ne pouvait pas voir avant car vraiment trop petit).

Happy end?

On retourne encore une fois aux urgences, on me fait l’échographie et miracle, un petit embryon s’est bien implanté dans mon utérus! le deuxième semble être parti, d’où les saignements certainement. Nous voilà rassurés et je me dis que ce petit embryon est vraiment un battant car après les doses de stress qu’on a vécu, il s’est accroché de toutes ses forces.

Aujourd’hui, nous avons donc un garçon de presque 4 ans et demi, en pleine forme.

Ce que je retiens de ce premier parcours FIV (on en a fait 3 au total), c’est le peu de suivi psychologique qu’il y a, enfin pas du tout même et le peu d’humanité. Alors je me doute, que les médecins, soignants et autres ne peuvent pas s’impliquer émotionnellement dans tous les cas mais annoncer de but en blanc que de toute façon cette grossesse n’aboutira pas car les taux ne sont pas dans les normes, c’est violent. Et franchement j’espère que cette interne n’est pas gynéco à l’heure actuelle car elle doit traumatiser plus d’une patiente…